Maho Nakamura

 

Se soigner, guérir, se nourrir.                                

  Des problèmes de santé m'ont amenée à essayer divers régimes alimentaires, et j'ai découvert l'argile thérapeutique. Je bois presque tous les jours de l'argile. Mon envie de faire de la céramique est venu après. Il n'y a pas vraiment de rapport entre manger de la terre et faire de la sculpture avec.

Mais avec le recul, je trouve cela intrigant.


Joie de la puissance.

  Lorsque je travaille l'argile, je pense parfois à la Genèse. Le Dieu de la Bible crée Adam avec la terre. Le Golem aussi est fait de cette matière. Ce que j'aime dans le modelage c'est qu'il est possible de tout faire en terre, il y a quelque chose de magique. Je vois progressivement un homme, une femme, un enfant, un animal, apparaître entre mes mains. Il est en volume, il est souple, il sort de mes mains. Cela me donne une sensation de surpuissance extraordinaire. J'ai l'impression que je peux tout recréer.


L'argile, le théâtre, le cinéma du pauvre.

  C'est de la sculpture, mais je trouve que c'est aussi du cinéma. Du cinéma en terre. Un cinéma préhistorique, des temps premiers, ancestral. Et si peu cher ! Les acteurs sortent de mes mains, je suis chef déco, scénariste, metteur en scène, producteur...  C'est passionnant, j'ai toutes les casquettes.


Le qi. Le souffle vital.

  Je me souviens des cours de philosophie chinoise. Il est vrai que quand je travaille la terre, régulièrement je souffle longuement. Je le faisais moins en peinture, je n'en ressentais pas le besoin. Avec la sculpture, je suis vraiment obligée de respirer de cette façon. En fait je suis épuisée. La terre, c'est très épuisant. Elle boit énormément, j'ai l'impression qu'elle absorbe, aspire de l'énergie vitale. L'argile a des qualités absorbantes et adsorbantes, c'est pourquoi on en fait des cataplasmes, des masques pour la peau. Elle élimine les déchets, la pollution. Mais elle prend aussi les nutriments. C'est pourquoi on n'en boit pas avec des médicaments ou des aliments, elle supprime les bénéfices.


                                                                       Maho Nakamura novembre 2016